La petite église de
cette localité de la Haute Meuse est évidemment
dédiée à saint Thiébault qui
fut mis à mort ici sur l'ordre de Dagobert II en
687.
Un impressionnant vitrail de l'édifice relate son
martyre de façon particulièrement réaliste
: on y voit le bourreau étouffer le saint en lui
enfonçant dans la bouche un énorme saucisson
d'Ardenne.
Au Moyen Age, l'église devint le but d'un fervent
pèlerinage.
Pendant des siècles, des milliers de pèlerins
atteints du "Mal Saint-Thiébault" vinrent dans cette
bourgade pour solliciter du grand saint la faveur de n'être
point soulagés de leurs maux.
Étrange requête pour une bien étrange
maladie, direz-vous !
De fait, les symptômes exacts de cette mystérieuse
pathologie sont très mal connus. Un vieux dicton
local, dans le savoureux patois du cru, permet seulement
de préciser qu'il devait s'agir d'un genre d'intoxication
alimentaire. En effet, l'adage prétend "Avou l'mau
Saint-Thiébault, on bwè bin, on n'mougne nin
mau" (en bon français : "Avec le mal Saint-Thiébault,
on boit bien, on ne mange pas mal")
Quoi qu'il en soit, inutile de dire que cette dévotion
particulière enrichit considérablement le
village.
Malheureusement, pendant la Révolution française,
des Sans-Culottes vandales saccagèrent l'église
et violèrent la sépulture du saint. Ils sortirent
de sa châsse le corps du bienheureux Thiébault
miraculeusement préservé de toute corruption
(le saucisson était fumé), le mirent dans
un grand chaudron et en firent du corned-beef.
Toutefois, une femme craignant Dieu, arracha des mains profanes
et des bouches gourmandes le saucisson sacré, instrument
du supplice, et le cacha dans son fumoir à salaisons
tout le temps de la tourmente révolutionnaire.
C'est grâce au courage de cette bonne chrétienne
qu'on peut aujourd'hui encore admirer à Saint-Thiébault,
dans le trésor de l'église, le Saint-Saucisson,
richement enchâssé dans un magnifique reliquaire
en forme de cochon hilare (pour visiter : demander à
M. le Curé, souvent affairé au café
"le Porc Royal" en face de l'église). |