La mère d'Odile, brave
femme mais point inconsciente, n'osait pas trop résister
à sa brute épaisse de mari. Elle se prétendait
d'accord sur le principe de l'infanticide, mais aurait préféré
que la gamine soit baptisée au préalable.
"Elle ira directement au Paradis" objectait-elle
prudemment mais sans convaincre pour autant son terrible
époux. Lui ne croyait pas une miette à ces
fariboles de femmelettes et de calotins !
Dans l'indécision générale, le Saint-Esprit
qui planait dans les parages ces jours-là, effectua
un piqué vertigineux et vint se poser sur le front
d'Odile. À la stupéfaction générale,
le nouveau-né prononça alors une fort éloquente
apologie de la religion chrétienne qui, sans modifier
radicalement les instincts criminels de son affreux païen
de père, le persuada néanmoins de l'impérieuse
nécessité du baptême. "La gamine
est possédée par des trolls démoniaques,
appelle ton satané chaman pour qu'il l'exorcise !"
hurla le barbare épouvanté à l'adresse
de son épouse,
C'est ainsi qu'Odile, condamnée à mort en
sursis, fut présentée aux fonts baptismaux.
Nouveau miracle ! A peine le cureton de service avait-il
versé quelques gouttes d'eau lustrale sur le front
du bambin que celui-ci reprit la parole
Malgré son tout jeune âge, dans un discours
fleuri, Odile déclara avoir recouvré la vue
et qu'il ne fallait pas la trucider, et qu'on n'avait pas
idée de liquider les enfants handicapés, et
que ses parents n'étaient que des dégénérés,
des génocidaires, des eugénistes, des nazis
de la pire espèce pour avoir de pareilles idées,
et qu'elle n'allait pas manquer à ses devoirs de
femme et d'épouse obéissantes, et qu'elle
allait fonder un monastère quand elle serait âgée,
et que ce magnifique édifice se situerait sur une
montagne d'Alsace, et qu'il deviendrait un lieu de pèlerinage
qui attirerait des foules de touristes et rapporterait beaucoup
de sous, et qu'on invoquerait son nom pour guérir
les maladies des yeux, et que c'est uniquement grâce
à elle qu'on se souviendrait d'eux, ces espèces
de brutes qu'étaient ses parents, et enfin, qu'elle
n'était pas n'importe qui et que ça ne leur
arracherait pas les poils du c
de la traiter avec
un minimum de respect, sacré nom de Dieu ! |
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