Parmi tous les enfants de Langres,
on compte au moins une forte tête : saint Didier.
Il était évêque de la ville, et après
une active vie missionnaire, il se préparait, vers
l'an de grâce 408, à goûter les charmes
d'une paisible retraite.
Malheureusement, des Barbares intempestifs vinrent mettre
le siège devant Langres.
Sa vie étant de toute façon sur le point
de se terminer, Didier n'eut rien de plus pressé,
en bon chrétien qu'il était, que de s'en aller
tenter de convertir ces païens qui assiégeaient
sa ville. "Je ne risque guère qu'une seule chose,
disait-il, c'est de perdre la vie, tandis que je puis gagner
ces palmes du martyre que le Ciel m'a refusées lors
de tous mes longs voyages".
Il se rendit donc dans le camp ennemi.
Le chef barbare, cruel et sanguinaire comme il se doit et
à qui l'on ne la faisait pas, ordonna aussitôt
que le saint évêque fut décapité.
Mais quelle ne fut pas la surprise des païens de voir
que, sa tête à peine tombée dans une
mare de sang, Didier la ramassait et la brandissait devant
le chef barbare, les lèvres exsangues exhortant,
à voix de stentor, les païens à la conversion.
Ceux-ci s'enfuirent, épouvantés. Ils ne s'arrêtèrent
que lorsqu'ils eurent rejoint les sombres forêts d'où
ils étaient issus.
Tenant toujours sa tête coupée dans ses mains,
Didier remonta sur sa mule et retourna en ville. Les portes
de la cité étant closes, le saint décapité
en frappa les murailles de sa tête et, aussitôt,
elles se fendirent pour lui livrer passage.
La tête coupée, décidément intarissable,
prononça encore une fort belle homélie aux
Langrois sur un thème inspiré des paroles
du Sauveur : "Les renards ont des terriers, les oiseaux
ont des abris, mais le fils de l'Homme n'a pas d'endroit
où reposer sa tête" (Matthieu 8 : 21).
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