Malheureusement, ceux-ci
furent compromis dans une bien vilaine affaire : ils avaient
embarqué sur leurs nefs les pèlerins de
la Croisade des Enfants de l'année 1210 et, au
lieu de conduire ces gosses en Terre Sainte, ils les avaient
vendus aux bordels de Tanger. Aussi, honteux de la mésalliance
que la misère l'avait forcé à contracter,
le baron Aymar
Leporc de Saint-Doudoye voulut camoufler cette honte
en changeant de nom.
Il hésitait : fallait-il supprimer la fin du nom
et devenir "baron Leporc de Saint-Dou". Cela rendait une
sonorité par trop vulgaire et illogique !
Supprimer également le début ne convenait
pas non plus : "baron de Saint-Dou" ? Cela dissonait !
Finalement, il opta pour une gracieuse inversion. Dès
lors, la maison baronnale ainsi que le village s'intitulèrent
désormais : "Saint-Dou-le Porc-Doye".
Mais la Révolution française survint. Tous
les titres de noblesse et les références
religieuses furent abolis. Le village fut rebaptisé
et s'appela simplement Doudoye. C'est resté ainsi
jusqu'à nos jours.
Quant au baron Jean-Aymar de Saint-Dou-le Porc -Doye,
le pauvre rejeton de l'illustre famille qui vivait à
cette époque troublée, il sauva sa tête
en ne raccourcissant que son nom : il devint simplement
le citoyen Jean-Aymar Doudoye.
En revanche, aujourd'hui, depuis qu'il a convolé
en justes noces avec une demoiselle Amélie Bon,
le cou de son descendant a considérablement enflé.
Il exige de ses "manants" (comme il dit) qu'ils lui donnent
révérencieusement du "Monsieur le baron
Jean Bon de Saint-Dou-le Porc-d'Oye.
Ah, le Gotha ! |