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Le porcher royal,
qui revenait de paître ses bêtes en forêt,
comme c'était l'habitude en ces époques barbares,
voyant le pauvre Germain transi de faim et de froid, l'accueillit
dans sa masure. De nature hospitalière, le brave
homme demanda aussitôt à sa femme de tuer le
seul veau qu'il possédait et d'en faire en somptueux
repas selon sa recette favorite : bouilli avec de la sauce
menthe chocolatée.
Ça tombait mal. Germain en avait
par-dessus la tête de la cuisine anglaise. Alors,
prétextant, pêle-mêle, voeu d'abstinence,
jeûne, carême, indisposition, ramadan, bref
n'importe quoi, il refusa catégoriquement de goûter
l'infâme galimafrée qui lui était présentée.
"C'est bien la peine de se décarcasser pour un
dégoûté comme toi, lui dit le porcher,
très mécontent de l'attitude négative
de son convive. J'ai un seul veau, je le tue pour toi,
et tu n'es pas encore content ! Tu aurais pu le dire avant
que tu n'avais pas faim ! Qu'est-ce que je vais faire avec
toute cette boustifaille ? Quand je pense qu'il faudra encore
attendre plus de quinze cents ans pour que les congélateurs
soient inventés ! Maintenant, je vais avoir ma femme
sur le dos, elle qui me fait déjà des scènes
quand je rapporte n'importe quoi à la maison sans
téléphoner avant. Si j'avais su, je t'aurais
laissé dans ta boue !"
Saint Germain, aussi las de ces récriminations
qu'écoeuré par le remugle nauséabond
de la pitance qui achevait de se figer en mousse verdâtre
dans la casserole, se leva, et , se bouchant le nez, bénît
le plat. Assitôt le pauvre veau bouilli à la
sauce mentne chocolatée reprit vie.
Comble de miracle : À peine extirpé de l'infâme
mixture où il baignait, l'animal, qui parlait subitement
un fort bon anglais, remercia le saint de l'avoir sauvé
et reprocha à la femme du porcher de lui avoir fait
subir de pareils traitements : on n'avait pas idée
d'accomoder d'une telle façon de pauvres animaux
qui ne leur avaient rien fait.
Sur ce beau discours, tout le monde alla se coucher, le
ventre vide.
Germain mourut à Ravenne en
Italie, en l'an de grâce 448 et sa dépouille
mortelle fut ramenée en grande pompe à Auxerre.
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