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Séparés par une
route, deux hameaux pour une seule localité : d'un
côté, les Aisements proprement dit, et de l'autre,
le Pré Boulet.
Il y a bien longtemps, les habitants de ces deux patelins
(qui ne portaient pas encore le nom qu'on leur connaît
aujourd'hui) nourrissaient entre eux des relations du type
exploitants - exploités : les uns étaient
riches et pouvaient aisément exploiter la main d'uvre
de l'autre, principalement en leur achetant à vil
prix la principale spécialité gastronomique
du cru : les boulettes de viande.
En toute logique, et sans chercher plus loin que le bout
de son nez, on nomma donc la première localité,
celle des gens riches, les "Aisements" quant à l'autre,
elle prit le nom de sa ressource principale et s'appela
"Boulette".
À la Révolution française, la révolte
des faibles gronda. Le citoyen Gérard Lepré,
président du M.C.C. (Mouvement pour la Citoyenneté
de la Charcuterie), prit la tête des exploités
de Boulette et saccagea la localité voisine. Les
notables des Aisements furent, quant à eux, passés
au hachoir et assaisonnés à la mode locale
avec de la mie de pain, des oignons et des fines herbes.
Horreur sans nom : on força les femmes et les enfants
des Aisements à se repaître des restes sanglants
de leurs pères et époux, ainsi cuisinés,
lors d'une Eucharistie sacrilège qui eut lieu, en
1793, dans l'enceinte sacrée de l'église du
hameau de Boulette. Après, les enfants durement endoctrinés
par les Révolutionnaires et les femmes, dûment
violées par les Sans-Culottes, purent regagner leurs
pénates, dégoûtées à tout
jamais des boulettes sauce tomate. Malgré ces terribles
événements, le hameau sanguinaire, sans aucune
honte ni regrets, garda son nom révolutionnaire :
Le Pré, en l'honneur du citoyen homonyme, et Boulet,
qui rappelait le nom ancien du hameau, tout en montrant
qu'il s'était libéré des chaînes
de l'esclavage, fût-ce au prix d'un carnage.
Aujourd'hui, bien que beaucoup d'eau ait passé sous
les ponts, on peut encore constater un certain embonpoint
chez les habitants des Aisements tandis que les mains de
ceux du Pré Boulet embaument la viande hachée,
les petits oignons et bien d'autres ingrédients tenus
jalousement secrets depuis des générations.
Un petit conseil pour terminer : soyez discrets si vous
voulez vérifier de vos propres narines l'odeur des
mains des indigènes. Ce geste n'est accepté
des indigènes qu'après les avoir amadoués
par une légère préparation psychologique,
à coups de gros rouge qui tache. Gardez toujours
présent à l'esprit que les habitants du Pré
Boulet ont conservé en leurs veines le sang ardent
et féroce de leurs ancêtres révolutionnaires
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