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LI
CWARNAYE ET LI RNAUD |
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On djoû lcwarnaye,
à djok sur on blanc bwès, |
| Tuneûve
è sbêtch on bokèt dcrau
stofè. |
| Li rnaud
quaveut vènè li fameuse friandîje |
| S'amwin-ne
à mode di rin et lève li tièsse
au wôt : |
| «
Tins ! qui vola ! dist-i, c'est-t'one bin bone surprîje |
| Do v' rèscontrè
vêci et do v' rivéye on côp ! |
| Qué
novèle et comint va-t-i ? |
| I m'chone
qui v's-avoz radjonni ! |
| C'n'est
nin po vos vantè, mais vos-èstoz si
prôpe |
| Todis moussi
dins l'nwâr ! |
| Et ça
m'surpudreut fwârt |
| Qui vosse
tchant n'sèreut nin t'tot si bia qui vosse
robe. » |
| Li cwarnaye
s' rècrèstèye d'ôre parèye
complumint, |
| Et, po mostrè
qui s' vwès ni dut rin à s' mous'mint, |
| Ele tape
si bètch au laudje et lait tchêre si
fromadje. |
| Nosse rnaud
vore dissus èt l'avale d'on plin côp |
| Tint qui
l' cwarnaye pèneûse èl wête
en stindant l' cô. |
| «
V's-avoz bin twârt, dist-i, do choûtè
les ramadjes |
| Qui les
flataus vos fièt ; ci n'est qu'po v's'èmantchi. |
| V n'auroz
nin tôt pièrdu, si l' lèçon
vos profite. |
| Estoz contin-ne
ainsi ? Arvéye, nos-èstans quites
! » |
| Et come
i r'mousse o bwès, nosse mouchon disbautchi |
| Si met à
l'engueûlè en fiyant pètè
ses « kwâkes » |
| Et tôt
s' promètant bin do n' jamais pus
fè l' Djâcques. |
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| Joseph HOUZIAUX, On
d'mèye-cint d'fauves da La Fontin-ne,
Imprimerie "Vers l'Avenir", 1946. |
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La
corneille et le renard |
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| Un
jour, la corneille, juchée
sur un aubier |
| Tenait
dans son bec un morceau de grasse boulette, |
| Le
renard qui avait reniflé la fameuse gourmandise |
| Savance
lair de rien et lève la tête
en lair : |
| «
Tiens ! qui voilà ! dit-il, cest une
bonne surprise |
| De
vous rencontrer ici, et de vous revoir un peu ! |
| Quelle
nouvelle et comment ce va-t-il ? |
| Il
me semble que vous avez rajeuni ! |
|
Ce
nest point pour vous flatter, mais vous
êtes si distinguée |
| Toujours
vêtue en noir ! |
| Et
ça me surprendrait fort |
| Que
votre chant ne soit pas aussi beau que votre robe.
» |
| La
corneille se rengorge douïr pareil compliment,
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| Et,
pour démontrer que sa voix ne doit rien à
sa vêture, |
| Elle
ouvre large son bec et laisse choir son fromage.
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| Notre
renard bondit dessus et lavale dun seul
coup |
| Pendant
que la corneille, penaude, le regarde en tendant
le cou. |
| «
Vous avez grand tort, dit-il, découter
les discours |
| Que
les flatteurs vous tiennent : ce n'est que pour
vous tromper. |
| Vous
naurez pas tout perdu si la leçon vous
profite. |
| Êtes-vous
contente ainsi ? Au revoir, nous sommes quittes
! » |
| Et
comme il rentre dans la forêt, notre oiseau
dépité |
| Se
met à lengueuler en faisant sonner
ses « kwaaak » |
| Et
en se jurant bien de ne plus jamais faire
le Jacques. |
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Traduction
proposée par Lucien J. Heldé, webmaster
site lulucom.com |
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PETITS COMMENTAIRES SUR CETTE FABLE :
1. Il y a belle lurette - je crois - que
le vrai grand corbeau n'habite plus en Wallonie. Ce sera
donc une modeste corneille qui donnera la réplique au finaud
goupil.
2. Comment traduire ?… Vous faites cailler
du lait, et vous avez du fromage frais, ou maquée.
Si vous laissez celle-ci s'affiner un peu, vous obtenez de la
boulette. Et si vous laissez reposer encore cette boulette,
jusqu'à ce que son fumet rivalise avec celui des chaussettes
de votre grand-oncle Théodule (qui ne les changeait qu'une
fois part an, à la kermesse), vous avez fabriqué
du crau stofé (littéralement, "maquée
grasse").
3. Faire le Jacques… Cette expression
existe-t-elle en français normatif ? Je ne sais…
Je présume que cela vient de ces pèlerins qui se
rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, de ces Jacques
ou coquillards qui, au Moyen Age, n'avaient pas flatteuse
réputation. Il faut dire que l'Église imposait ce
pèlerinage en guise d'expiation de leurs péchés
- ou de leurs forfaits - à de mauvais sujets, trop souvent
assez mal repentis, et que le Chemin était alors parcouru
par une foule bigarrée d'énergumènes, au
minimum excentriques, au pire malfaisants.
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À titre de comparaison, le texte de LA FONTAINE
:
LE CORBEAU ET LE RENARD
Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard par l'odeur alléché ,
Lui tint à peu près ce langage :
« Et bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces
bois »
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »
Le corbeau honteux et confus
Jura mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus.
LA FONTAINE, Fables, LIvre 1, 2
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