SAQUANTS MOTS D'VANT DO C'MINCI

1. LI COPICHE ET L’COQ D'AWOUSSE

2. LI CWARNAYE ET LI R’NAUD

3. LI GUERNOUYE ET L'BOU

4. Ll LEUP ET L’TCHIN

5. LI MWART ET L'OVRI D'BWES

6. LI VI CINSI ET SES-EFANTS

7. LES BlESSES ATAQUEYES DOL PESSE

 
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LA VIE D'UN GAMIN DE CELLES
Un pur chef d'œuvre de la littérature wallonne, présenté, traduit et commenté par le fils de l'auteur

QUELQUES FABLES
DE LA FONTAINE
ADAPTÉES EN WALLON

On d'mèye-cint d'fauves da La Fontin-ne tournèyes o patw!s d'Celes. "Une cinquantaine de fables de La Fontaine adaptées en patois de Celles-sur-Lesse (Belgique).
Le titre de l'ouvrage de Joseph HOUZIAUX (1901-1969), dont sont extraits les textes que je me suis permis de présenter ici, est on ne peut plus explicite. Les apologues archi-connus du non moins célèbre fabuliste français ne sont pas traduits en wallon, mais transposés, adaptés en langue wallonne, et "délocalisés", comme dirait aujourd'hui, en Wallonie profonde. Ici, bêtes et gens ne s'expriment plus selon les strictes règles de Vaugelas, à l'instar des gentillâtres froufroutants du Grand Siècle, dans le Versailles du Roi Soleil. Non, ils causent simplement et justement, comme parlaient jadis, au milieu du XXe siècle, quand le français triomphant n'avait pas encore (presque) totalement supplanté les savoureux parlers locaux, les braves autochtones du Sud la Belgique, entre les vallées de la Lesse et de la Meuse, entre Condroz et Famenne. Et foin de bergerie enrubannée, de basse-cour aseptisée : la ruralité de Joseph HOUZIAUX se situe à mille lieues du Petit Trianon de Marie-Antoinette ! Son petit peuple n'hésite pas à patauger dans la berdouille (la gadoue) et s'exprime prosaïquement, sans fioritures ni falbalas. Un fumet de campagne authentique donc, avec l'honnête odeur de transpiration d'un peuple laborieux noyée dans les effluves douceâtres du tas de fumier, dont l'importance révélait l'opulence du fermier. Mais aussi avec le parfum délicat du lait fraîchement trait, avec l'arôme appétissant du bon café chaud attendant impatiemment sa rencontre gastronomique avec de succulentes gaufres, encore tièdes, ou avec des crêpes luisantes de cassonade voire truffées de lardons fumés, croustillants à souhait.
Un peu du goût et du parfum des choses et de la vie d'antan…

La grande liberté que Joseph HOUZIAUX s'est accordée face à son illustre modèle du XVIIe siècle justifie, à mon sens, celle que je me suis permise en accolant à son texte sa traduction littérale en français. Certes, cette démarche paraîtra superflue aux fins connaisseurs du wallon : ils apprécieront d'emblée toute l'originalité du fabuliste belge. Mais pour tous ceux qui - comme moi - ne maîtrisent pas couramment le langage de nos aïeux, voire pour ceux qui l'ignorent totalement, cette traduction pourra servir de "sésame" pour ressentir la saveur des vers de maître Joseph.
Reste que, comme je viens de le signaler, je ne suis pas grand spécialiste du wallon - surtout celui de Celles, qui diffère un peu de celui de Rochefort, ma ville natale. Je le comprends passablement mais ne sais pas le parler. Je serai donc infiniment reconnaissant aux internautes plus compétents que moi qui voudront bien me signaler les erreurs et contresens que je pourrais avoir commis dans mon travail de traducteur. Traduttore, tradittore…

Je n'ai pu recueillir beaucoup de enseignements biographiques sur Joseph HOUZIAUX, l'auteur de ces fables wallonnes. Né à Celles-sur-Lesse en 1901, il fut longtemps professeur de français à l'Athénée royal de Rochefort, non loin de son village natal (établissement scolaire que j'ai moi-même fréquenté, mais à une époque où il avait cessé d'enseigner).
Joseph HOUZIAUX est l'auteur de nombreuses œuvres dialectales. Il s'est éteint en 1969.

Bonne lecture et bon amusement.

Lucien J. Heldé
Janvier 2008.

 

 
TABLE DES MATIÈRES

Les fables de Joseph HOUZIAUX sont précédées d'une préface de Pol STIÉVENART, artiste peintre et homme de lettres avec, comme il se doit, vaste chapeau, lavallière et sombre cape (et groupies fortunées), qui vivait à Rochefort dans la première moitié du XXe siècle. Toutefois, je préfère laisser d'emblée la parole au fabuliste wallon dont, finalement, STIÉVENART ne fait guère que paraphraser le propos.

 
SAQUANTS MOTS D'VANT DO C'MINCI
(…)

Les bèlès fauves da La Fontin-ne,

Aux scolîs dj'è l's-ai racontè ;
Mais i faleut mwints côps rinde pwin-ne
Quand c'esteut po l'z'î espliquè :
 
Gnaveut là totes sôtes di mèssadjes
Qu'is n' compurdint nin à mitan.
I m'a chonè qu'c'esteut damadje :
I gna rin d'pus bia don, portant !
 
C'est po ça qui dj'ai vlu fè l'saye
D'è tourné saquantes en patwès :
Eouce qui m' francès n' set pus aye
Li walon come ça l' vint coplè.
 
Gna des cis qui m' diront quéque fîye :
Tournè La Fontin-ne en patwès ?
C'est-t'one idéye qu'est-t'on pô vîye :
I gn-a djà tant qu's'è n'n'ont mèlè !
 
Ça, dji vous bin ! Gn-a yeû Lamèye,
Bailleûx, Pièrard, Lurquin, Moureau
Et co mwintes èt mwintès parèyes ;
Fè mia qu’zèls, on z'aureut do mau !
 
Mais là n'est nin l'question. A s'môde,
Tortos, on z'inme do l'arindji.
Vermer dit dins one fauve ou l'ôte :
C'est-t'one fontin-ne à n'nin spouji.
 
Et pus por mi, c'a stî n'vrêye djôye
Do m'risov'nu di m'vî walon
Qui dj'n'ai pus wêre causé dispôye
Qu’ dj'ai sôrti fou d'nosse maujon.
 
En scriyant ces bèlès-istwâres
Dji m'rivèyeus quand, tôt gamin,
Mi pôve marène mi fiyeut co crwâre
Totes ses vîyès fauves di d'dins l'timps.
Eprave, 13 mârs 1946 - Joseph HOUZIAUX.
Joseph HOUZIAUX, On d'mèye-cint d'fauves da La Fontin-ne, Imprimerie "Vers l'Avenir", 1946.
Quelques mots avant de commencer
(…)
Les belles fables de La Fontaine,
Aux écoliers, je les ai racontées ;
Mais il fallait bien souvent rendre peine
Quand il fallait les leur expliquer.
 
Il y avait là toutes sortes de messages
Qu’ils ne comprenaient même pas à moitié.
Il m’a semblé que c’était dommage :
Il n’y a rien de plus beau pourtant !
 
C’est pour cela que j’ai voulu faire l'essai
D’en adapter quelques-unes en patois :
Et là où mon français ne peut plus outre
Le wallon ainsi le vient compléter.
 
Il s’en trouvera qui me diront peut-être :
Tourner La Fontaine en patois ?
C’est une idée qui est un peu vieille :
Il y en a déjà tant qui s’en sont mêlés !
 
Ça, je veux bien ! Il y a eu Lameye,
Bailleux, Piérard, Lurquin, Moureau
Et encore maintes et maintes semblables ;
Faire mieux qu’eux, on aurait du mal !
 
Mais là n’est pas la question. Chacun à sa manière,
Tous, on aime à l’adapter.
Vermer dit dans l'une ou l’autre fable :
C’est une fontaine inépuisable.
 
Et puis, pour moi, cela fut une vraie joie
De me ressouvenir de mon vieux wallon
Que je n’ai plus guère parlé depuis
Que je suis parti de notre maison.
 
En écrivant ces belles histoires
Je me revoyais quand, tout gosse,
Ma pauvre marraine me faisait croire
Toutes ses vieilles fables des temps anciens.
 
 
Traduction proposée par Lucien J. Heldé, webmaster site lulucom.com